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CE QUE NOUS DIT L'HISTOIRE DE "LA FRONTIERE" ENTRE LE FRESNE & INGRANDES dans la Gazette de décembre 2014

« La Ville d’Ingrande, dont la moitié est de Bretagne et l'autre d'Anjou »

C’est ainsi que l’on définissait notre Agglomération en 1695, la « Moitié d’Anjou » étant évidemment l’Ingrandes actuelle (sans « s » à l'époque et ce au moins jusqu'à 1843), et « la Moitié De Bretagne » étant ce qu’on appelle aujourd’hui Le Fresne sur Loire.

Et cela à une époque où existait pourtant une Frontière très importante entre deux grandes Provinces, la Bretagne et l’Anjou, Frontière marquée par la Pierre de Bretagne et très strictement contrôlée par Gabelous et Maréchaussée afin d’éviter la contrebande du Sel.

C’est dire que nos Anciens avaient dès cette époque, et malgré cette Frontière, très bien compris la réalité de cette Communauté de vie qui existait déjà entre Ingrande et ce qu’on appelait à l’époque le Rue du Fresne qui n’était en fait qu’une excroissance de la Ville d’Ingrande vers l’Aval.

En effet, la Ville d’Ingrande ayant connu une expansion démographique importante à partir du milieu du 17ème siècle, et ne pouvant se développer sur la Loire dans sa partie Amont en raison des crues récurrentes du Fleuve, l’expansion s’était tout naturellement portée vers l’Aval sans se soucier du fait que cette croissance se faisait juridiquement en Bretagne. Tant et si bien que la Rue du Fresne finit par compter plus de 1000 habitants au milieu du 18ème siècle, c'est-à-dire presque autant que l’Ingrande d’origine, celle située en Anjou.

Et bien sur, ces habitants de la Rue du Fresne ne voyaient aucune différence entre eux et ceux de l’Ancien Village d’Ingrande, multipliant échanges et contacts journaliers. C’est ainsi que beaucoup des Notaires exerçant leurs activités sur Ingrande, étaient en fait établis Rue du Fresne. De même les mariniers et pêcheurs de la Rue du Fresne venaient vendre leurs poissons et traiter leurs affaires dans les Auberges d’Ingrande. On retrouve d’ailleurs dans les documents notariaux d’avant le 18ème siècle des mentions reflètant cette ambiguïté d’appartenance comme « Mr X Demeurant Rue du Fresne à Ingrande, Paroisse de Montrelais ». Et l’on peut même noter qu’au delà de cette Rue du Fresne, les propriétés foncières du Cassoir ou de La Breslerie étaient possédées par des personnes dont la famille habitait à Ingrande. Pour nos Anciens, les réalités de la vie et des échanges prenaient donc déjà largement le pas sur les simples considérations administratives ou juridiques.

A la Révolution, lors de la constitution des Départements en 1792, bien qu’ayant aboli les anciennes Provinces, les Constituants de l’époque, peut-être par crainte des réactions bretonnes, décidèrent de fixer la limite des deux Départements nouvellement créés, à l’endroit exact où se situait l’ancienne Frontière entre l’Anjou et la Bretagne. Ce qui aboutit, contre tout bon sens, à rattacher la Rue du Fresne à la Commune de Montrelais en Loire Atlantique, ignorant ainsi la réalité des échanges économiques et familiaux entre les deux parties d’une même communauté d’existence.

Bien entendu, cette situation ne pouvait pas perdurer, les habitants de la Rue du Fresne ayant très peu de contacts ou d’intérêts communs avec ceux de Montrelais. Mais, soit par crainte du changement, soit par pesanteur administrative, au lieu de choisir la solution évidente qui aurait consisté à regrouper Ingrande et Le Fresne dans une entité économiquement et socialement cohérente, on opta en 1904 pour une solution hybride et donc insatisfaisante pour tout le monde, qui consista à créer au Fresne une nouvelle Commune indépendante de celle de Montrelais, mais aussi d’Ingrandes.

C’est cette division artificielle que nous vivons encore aujourd’hui. Les réalités du terrain et les aspirations des habitants ne demandent qu'à être prises en compte, comme la sagesse oubliée de nos Anciens .

Jean-louis BEAU

CE QUE NOUS DIT L'HISTOIRE DE "LA FRONTIERE" ENTRE LE FRESNE & INGRANDES dans la Gazette de décembre 2014

L'histoire de la commune écrite par Jean-Louis Beau dans Ouest France du 4 juillet 2014

Jean-Louis Beau et son épouse résident au château Pierre-Percée, rue du Grenier à sel, depuis 2009. Passionné d'histoire et grand connaisseur du XVIIIe siècle, Jean-Louis Beau s'est intéressé à l'histoire de la commune depuis 4 ans. Il a travaillé sur les archives départementales à Angers, Nantes, les archives privées du château de Serrant à Saint-Georges-sur-Loire et les archives nationales à Paris.

Fruit de ses recherches, le livre a pour titre « Ingrandes, petit village des bords de Loire entre Anjou et Bretagne du Moyen-Âge à la Révolution ». L'ouvrage s'efforce de retracer l'histoire ou les histoires qui ont animé Ingrandes durant la période. « Mon idée de départ était de retrouver et de faire revivre Ingrandes tel qu'il se présentait au XVIIIe siècle », souligne Jean-Louis Beau.

Ce village à la situation géographique si particulière, positionné à la limite d'un pays de grandes Gabelle (l'Anjou) et d'un autre totalement exonéré d'impôts sur le sel (la Bretagne).

Le livre se compose en trois parties : les seigneurs d'Ingrandes et de Champtocé, les bâtiments et lieux publics et les maisons privées, auberge et hôtels.

« Ingrandes, petit village des bords de Loire entre Anjou et Bretagne du Moyen-Âge à la Révolution », éditions du Petit Pavé. 25 €.

Tag(s) : #Histoire

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