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Bouchon d'une bouteille Grandin
Bouchon d'une bouteille Grandin

LES GENS D'ICI

Dans la famille Onillon – Voleau, au moins trois générations ont travaillé « chez Grandin ».

Le grand-père de Michelle, Eugène Onillon, natif de Montjean, y travaillera jusqu'à son départ pour la guerre 14-18. Il n'y retournera pas, car il reviendra du front blessé aux jambes et au visage. Dans sa maison du 14 rue du Bac, il restera triste et grognon et Michelle se souvient encore que – petite fille - sa blessure au visage lui faisait peur.

Le père de Michelle, Alphonse, né en 1903 à Ingrandes, travaillera toute sa vie chez Grandin, comme comptable. Il habitait la belle maison XVIII.ème du 16 rue de la Pierre de Bretagne, à la Cathernitais, à l'époque propriété des Caves, comme l'ensemble du quartier. Michelle y habite encore aujourd'hui. Alphonse décède de maladie en 1967.

Michelle naît en juillet 1931 à la Cathernitais. Un 13 juillet. Elle se rappelle encore qu'à un jour près, elle aurait été reçue par le Général de Gaulle qui avait invité les femmes de France nées ce jour là à déjeuner à l’Élysée, après la guerre ! Sa maman, Rogatienne Onillon, née Métivier à Varades, a déjà une fille et un fils. Après Michelle, elle aura un autre fils mais mourra en couches. Michelle est la seule des enfants Onillon à avoir travaillé chez Grandin.

Elle se revoit encore, à dix ou douze ans, guettant avec ses amis les tombereaux lourds de grappes de raisins qui descendent la côte de la Pierre de Bretagne vers le grand pressoir, à l'angle de la rue de la Verrerie. A l'époque, son père autorisait seulement ses aînés à participer aux vendanges pendant une semaine, avant la rentrée des Collèges, qui se faisait en octobre. Il faut deux chevaux pour tirer les énormes charrette à deux roues. Si le cocher est gentil, il vous laisse grimper à l'arrière et picorer les grappes, sinon, il faut faire attention, surtout du petit gros à casquette qui se donne des airs méchants et fait mine de claquer son fouet !

Elle se revoit aussi jouant sur les anciens terrains des douves (aujourd'hui la Cité des Douves), où les Caves Grandin déposaient leurs vieilles machines, les charrues, les bouteilles, des milliers de bouteilles vides, et les vieux véhicules dans lesquels les bandes d'enfants des Caves jouaient à la petite guerre … et aussi le tir aux bouteilles avec fronde et cailloux, tellement efficace Michelle que Jean - luc Piton continue de retrouver des tessons de bouteilles dans son jardin … et aussi le chapardage des fleurs et des fruits, dans les jardins des employés de la Bouvraie, comme une joyeuse bande d'étourneaux … et la pêche sur les barges de chanvre à rouir attachées aux barrages de la Loire (les épis) sous lesquelles abondaient gardons et perches …

Michelle se souvient aussi que pendant la guerre, les Caves produisaient des « cuves closes », piquette moussue fabriquée en trois mois avec un peu de vin et beaucoup de ferment, du « vin de forain » vendu aux Boîtes de Nuit parisiennes pour les couche-tard peu regardants ! Elle a longtemps gardé une collection de magnifiques petites étiquettes aux noms évocateurs comme « cuisse de bergère » ou « marquis de Plantagenêt » ...

Michelle a dix-sept ans. Elle entre aux Caves le 1.er Février 1948. Elle se souvient toujours de cette première journée, la grande porte en fer rue de la Verrerie, l'escalier de pierre qui menait aux bureaux, en passant d'abord par le « parc », petit jardin planté sur la toiture des caves … puis l'accueil par Camille Chauvin, directeur de la Comptabilité, impeccablement sanglé dans son costume gris trois pièces. Il habitait au 12 de la rue de la Pierre de Bretagne, beau bâtiment actuellement en restauration. Michelle reste frappée par l'ambiance désuète qu'elle découvre, les grandes lampes qui pendent du plafond, et son bureau dans un angle mal éclairé de la grande salle. Michelle avait bien entrepris des études de comptabilité, mais malgré l'insistance des responsables des Caves, et la promesse de primes, elle n'a jamais aimé cette activité ni accepté de s'y consacrer. Elle s'occupera de la facturation, et aussi du standard téléphonique, sur « un vieux machin à fiches », un peu de la sténo et de l'accueil des saisonniers, qui arrivaient par dizaines en septembre. Ils séjournaient dans les annexes du Château de la Bouvraie (englouti sans ménagement par la Carrière) au lieu dit de la Charbonnerie, pendant un mois et demi.

Au bureau, on travaillait tous les jours de 8h à 12h et de 13h30 à 17h30, pas le samedi. Les employés – une vingtaine - prenaient leurs repas chez eux, les soixante-dix ouvriers avaient une cantine sur place. Michelle se souvient avec beaucoup d'émotion de l'ambiance très familiale qui régnait grâce à M.Voirin le directeur Commercial, à M. Chauvin et son père. Quant à M.Cabanne, directeur des Caves (retraité de l'armée) et le baron de la Pommelière, beau-frère de M.Gioux (propriétaire des Caves), « ils ne se mêlaient pas aux autres » ; M.Gioux (1) pour sa part se faisait très rare, retenu qu'il était par « ses chasses en Afrique ! ».

On fêtait les anniversaires et les fêtes, et Noël, avec un verre de Grandin, des « crottes au chocolat » et un gâteau de la boulangerie Bouquet. Les Caves parrainaient un char pour la fête des fleurs d'Ingrandes, le troisième samedi de juin. Il était construit dans un atelier Grandin, aujourd'hui démoli.

En 1954 Michelle se marie avec Émile Voleau, de beaucoup son aîné, boulanger des Mauges établi à Ingrandes (boulangerie Clémot) puis garde-champêtre jusqu'aux années 60. Émile décède en 1980. Ils habitaient rue du Bac, près de la Ruelle aux pigeons, dans une maison où ils verront monter l'eau des crues de la Loire par deux fois.

En 1966 Michelle reprend le poste de responsable Commercial de son père décédé. Mais tout a déjà changé, MM Gioux, Chauvin, Voirin, Cabannes étaient partis. Il ne restait plus qu'une demi douzaine d'employés, et une dizaine d'ouvriers. Les patrons sont plus distants. Ingrandes aussi a bien changé.

Dans les années 70, les Caves sont rachetées par la Maison Charmat (2) de Paris. Seul un directeur commercial reste sur place. M. Voirin a été remplacé par Bosquin (qui venait de Fontenay aux Roses), puis par Michel Floury, puis enfin par Jean-Claude Xucla qui sera le dernier.

Il y aura bien le sursaut avec « les Américains » en 1980. Un contrat de 5 ans est signé avec l'entreprise Bacardi, qui achète toute la production, par containers de dix mille bouteilles qui partaient par camions jusqu'à Amsterdam et d'autres ports, et embarquaient là pour les USA (3). Les américains débarquent en juin en grande pompe, en bateau, cale de la Verrerie, accueillis en fanfare par les majorettes de Saint Georges sur Loire. L'un d'eux, francophile, demanda même à Michelle comment se rendre à Liré, pour voir la maison de Joachim du Bellay dont il connaissait par cœur le Beau Voyage d'Ulysse !

Mais tout a une fin, et quand le contrat s'arrête, les Caves n'ont plus aucun client. Elles tournent au complet ralenti pendant deux ans encore puis ce fut la fin de la fabrication locale …

En 1989 Michèle se retrouve licenciée économique, à deux ans de la retraite.

Depuis, elle a pu donner libre cours à sa passion des voyages et des animaux. Elle était bien partie toute seule voir les animaux au Kenya, en 1982, au «grand dam» de sa famille, mais son mari n'aimait pas voyager. Plus tard, à la retraite, en compagnie de son ami Marcel Gigaud de Liré (un grand passionné du Tour de France qui ne voulait pas rater une étape!), elle a pu parcourir toute l'Europe de l'Ouest en camping-car et s'est même rendue en Pologne à la recherche du camp où Louis avait été retenu. Depuis la disparition de Marcel en 2010, à 86 ans, elle voyage grâce aux émissions de télévision, le commandant Cousteau et le docteur Jean-louis Étienne. Son jardin abrite une sympathique basse cour et sa maison, outre son chien Argos, une faune de peluches, dont la vedette est un suricate, parce-qu’il est – me dit Michelle - si drôle et intelligent, et aussi, parce-qu’il a un grand sens de la famille.

Propos recueillis auprès de Michelle Voleau par Le Léger Rien en Octobre 2015

(1) M. André Gioux, ancien maire d'Ingrandes, a été élevé en 2001 au titre de « Juste des Nations » de Jérusalem pour son action vis à vis de Mmes Bloch et Mann victimes des poursuites contre les juifs pendant la guerre 39-45 ; voir le site : http://www.yadvashem-france.org/les-justes-parmi-les-nations/les-justes-de-france/dossier-9235/

(2) Probablement le Groupe Berger en 1979, Marie Brizard rachetant Berger en 1995

(3) Voir les conditions spéciales de transport du mousseux, n° 49 Revue des Eonologues 1988, ou dans le BLOG Cœur de Bourgs

Merci à tous ceux qui ont des informations sur les Caves de la Bouvraie de les partager avec « la Gazette»

photo 1 : Michelle devant sa maison - photo 2 : A.Onillon recevant la Médaille du Travail des mains d'André Gioux, propriétaire des Caves à l'époque  - photo 3 : A.Onillon recevant un diplôme des mains de M. Veragut, liquidateur judiciaire des Caves dans les années 60, avec le Maire du Fresne, Marcel Dupuis (au fond, à droite).
photo 1 : Michelle devant sa maison - photo 2 : A.Onillon recevant la Médaille du Travail des mains d'André Gioux, propriétaire des Caves à l'époque  - photo 3 : A.Onillon recevant un diplôme des mains de M. Veragut, liquidateur judiciaire des Caves dans les années 60, avec le Maire du Fresne, Marcel Dupuis (au fond, à droite).
photo 1 : Michelle devant sa maison - photo 2 : A.Onillon recevant la Médaille du Travail des mains d'André Gioux, propriétaire des Caves à l'époque  - photo 3 : A.Onillon recevant un diplôme des mains de M. Veragut, liquidateur judiciaire des Caves dans les années 60, avec le Maire du Fresne, Marcel Dupuis (au fond, à droite).

photo 1 : Michelle devant sa maison - photo 2 : A.Onillon recevant la Médaille du Travail des mains d'André Gioux, propriétaire des Caves à l'époque - photo 3 : A.Onillon recevant un diplôme des mains de M. Veragut, liquidateur judiciaire des Caves dans les années 60, avec le Maire du Fresne, Marcel Dupuis (au fond, à droite).

MICHELLE & LA BOUVRAIE UNE LONGUE HISTOIRE ... dans la Gazette de la Frontière d'octobre
MICHELLE & LA BOUVRAIE UNE LONGUE HISTOIRE ... dans la Gazette de la Frontière d'octobre
MICHELLE & LA BOUVRAIE UNE LONGUE HISTOIRE ... dans la Gazette de la Frontière d'octobre
MICHELLE & LA BOUVRAIE UNE LONGUE HISTOIRE ... dans la Gazette de la Frontière d'octobre
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MICHELLE & LA BOUVRAIE UNE LONGUE HISTOIRE ... dans la Gazette de la Frontière d'octobre
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MICHELLE & LA BOUVRAIE UNE LONGUE HISTOIRE ... dans la Gazette de la Frontière d'octobre
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Tag(s) : #Histoire

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