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En souvenir de Marguerite GANDON, qui nous a quittés récemment
Bonjour, je vous donne un petit texte que nous avions écrit, Marguerite, Véronique et moi, au mois de décembre 2014 pour la Gazette de Mars 2015. Marguerite est tranquillement partie retrouver Roger le 13 octobre 2015, ayant soufflé ses 97 bougies ...
Belle lecture.
Le Léger Rien

LES GENS D'ICI

Madame

Marguerite Gandon

Ce jour de décembre 2014, Marguerite nous accueille, pimpante, sur le seuil de sa jolie petite maison 3 chemin de Ponet, derrière le four-à-chaux, en haut de la volée de marches qui serpente dans le jardin et la protège des eaux envahissantes de la Loire.

Nous allons passer un très bon moment avec elle, à voyager dans le temps, dans son temps, au milieu des meubles cirés du salon. Au mur, un tableau du Fresne et d'Ingrandes, vus de la plage, c'est un peintre itinérant qui l'a fait, à la demande du maître des lieux.

Cette maison de Ponet, c'est Roger qui en a fait les plans et l'a faite construire dans les années 70, quand ils ont quitté Angers à sa retraite, après 31 ans de service.

Roger s'est éteint il y a déjà 32 ans, mais Marguerite nous en parle avec tant de tendresse qu'on sent qu'il n'est finalement jamais vraiment loin d'elle, jamais.

Marguerite est née en Anjou en 1918, dans la ferme de la Guettrie, pas loin de la forge, route de Saint Sigismond. Ses parents ont des vaches, une demi-douzaine, et deux chevaux. Marguerite a deux sœurs, et elle a élevé deux de ses nièces, Nicole et Michèle, comme ses filles, la tuberculose lui ayant interdit d'en avoir. A l'époque nous dit-elle, la maladie est encore courante dans les campagnes et des familles entières s'en trouvent décimées.

Pour aller à l'école de Villemoisan, Marguerite doit faire 4km en pleine campagne, en sabots du haut de ses sept ans. Mais en fait quand il fait beau, la priorité est de garder les bêtes, et quand il fait mauvais, à partir de la St Martin, le chemin devient impraticable !

L'eau, il lui fallait aller la tirer au puits, au fond du pré, avec un seau en zinc si gros qu'elle avait toujours peur de tomber avec, tout au fond !

Quand ses parents ont vendu la ferme, elle a dû s'engager auprès d'une famille de 4 enfants, dans la grande maison du rond point du pont de chemin de fer d'Ingrandes (actuellement le Crédit Agricole) dont le père était employé chez Grandin. Elle n'est restée que d’août à la Toussaint, mais elle se souvient bien que c'est cette année là qu'elle est tombée malade, et, merveilleux souvenir celui-là, qu'elle a rencontré son Roger, de dix ans son aîné. Il joue du violon, du banjo, de l'accordéon et même de la trompette ! Elle a 16 ans, elle est émerveillée, et elle a un peu « menti » sur son âge ...

Et Roger, qui lui a acheté la plus belle bague de fiançailles, rue du Grand Louis, l'appelle « ma petite Margot ».

Les parents de Roger sont marchands à Champtocé, où ils font épicerie mais aussi œufs et volailles, et même charbon. Ils font aussi le marché du dimanche à Angers. A l'époque, les parents de Roger sont, avec le docteur, les seuls à posséder un véhicule, une belle Citroën C4 grenat, dans laquelle il fallait tendre le bras hors de la portière, en guise de clignotant. Cela fait déjà 3 à 4 ans qu'il conduit. Marguerite a 18 ans. Ils se marient. Nous sommes en 1936.

Marguerite n'a passé son permis que 38 ans plus tard, quand Roger est tombé malade. Mais alors, le permis tout juste obtenu le jeudi, dès le samedi elle l'emmène en promenade à la Baule, dans la 2CV gris bleu. A l'époque, il fallait encore patienter pour recevoir le véhicule qu'on avait acheté ! Mais comme à Angers Roger travaillait à la Ville, il avait réussi à en avoir une plus vite. A Angers, Roger dessine pour les routes, tous les matins il va prendre ses consignes auprès de l'ingénieur, il encadre 15 cantonniers, il est sorti le 1.er du concours devant 30 autres candidats.

Au début de la guerre, sur leur tandem, ils allaient souvent visiter les sœurs de Marguerite à Angers, dont les maris avait dû partir à Basse Indre pour trouver du travail dans une usine de boîtes de conserves. Marguerite aime l'animation d'Angers, ses foules, ses lumières, même si Ingrandes « bougeait » encore de belle façon avant guerre !

Alors, pour ses 20 ans, ils s'installent à Angers, près du Haras ; elle se souvient voir passer les chevaux que l'on emmenait monter les juments, l'hiver dans les fermes. Maintenant il y a une patinoire ...

Roger soufre de myopie, alors il commence sa guerre à Cerneau, à la Bibliothèque des officiers, et peut ainsi souvent aller à Angers, retrouver sa petite Margot. Puis il est évacué en Haute Vienne, pendant 4 mois, pendant lesquels Marguerite s'inquiète mais un libéré passe enfin une lettre, elle est rassurée.

Ingrandes, elle l'a bien connu.

Ses parents habitaient la maison au numéro 1 de Ponet. Une année, en mars, il y a eu une belle inondation, le chemin de Ponet était sous l'eau, ses parents sont restés quinze jours dans le grenier de leur maison. La Poste, c'était un grand restaurant qui faisait bal le dimanche, où elle allait danser. A côté (aujourd'hui Maud, antiquaire), Mme Dougé tenait un magasin de vêtements et l'hôtel de la Boule d'Or servait encore.

La rue de l'étang n'existait pas, on arrivait à Ingrandes par le passage à niveau, mais un jour le remplaçant du garde-barrière n'a pas descendu la barrière assez vite, et une famille en retour de la messe est morte écrasée dans sa voiture par la locomotive. Alors, on a abandonné le passage à niveau et remblayé une route entre la voie ferrée et l'étang.

La boutique du fleuriste rue du Pont (fermée aujourd'hui) abritait une Chapellerie, Mme Lusseau. Une autre occupait l'autre extrémité de la Rue du Grand Louis, Mr & Mme Lhermitte, réinstallés à Angers, qui avait remplacé une épicerie fine, où deux vieilles demoiselles en bottines vendaient des liqueurs.

Mme Gandon aura 97 ans le 25 mars 2015 ! alors, avec quelques jours d'avance, nous vous souhaitons un joyeux anniversaire, Marguerite !

Propos recueillis par Le Léger Rien, pour la Gazette

la maison de Marguerite, chemin de Ponet, et celle de ses parents, à l'angle.
la maison de Marguerite, chemin de Ponet, et celle de ses parents, à l'angle.

la maison de Marguerite, chemin de Ponet, et celle de ses parents, à l'angle.

Tag(s) : #Vie locale

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