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Bon anniversaire GABY ... dans la Gazette de la Frontière de février 2016

LES GENS D'ICI

Bon anniversaire Gaby, l'enfant du pays qui a vu … du pays !

On serait tenté de dire « le magnifique » … et on n'aurait pas tort, car Gaby porte beau, il reste alerte et élancé : un bien bel homme du haut de ses 95 ans, qui a du en troubler plus d'une !

Gaby dit de sa vie qu'il a eu de la chance, beaucoup de chance, et c'est faire preuve de beaucoup de raison que de savoir porter ce regard sur son propre passé.

Natif d'Ingrandes « de la classe 41 » - donc né en 1921, dans une des belles maisons bombardées le long de la rue de l'Eglise, son père est marchand de graine, sa mère chapelière. Tout jeune, ses dons ont été repérés par le Docteur Lambert, amoureux de tennis, alors Gaby joue beaucoup avec sa fille, et mène la compétition contre Candé, Varades … jusqu'à ses 14 ans.

Mais son père, qui a vécu les guerres de 70 et de 14, et qui a été gazé lors de cette dernière disparaît à 48 ans. Nous sommes en 1935, Gaby a 14 ans.

Heureuse circonstance, Mademoiselle Jeannette Lambert a épousé M. Voirin, Directeur Commercial des Caves Grandin. En 1935, ce dernier prend Gaby a ses côtés, à la comptabilité, où il passe quatre belles années, entre son travail de « scribouillard » comme il dit, et sa maman chapelière, même si la vie est plus difficile depuis la disparition de son père. Son oncle Jean Rochard, de Belfort, donne un coup de main à la vente de quelques biens de famille.

Novembre 1941 : Gaby est convoqué par le STO (Service du Travail Obligatoire) pour rejoindre l'organisation TODT sur les chantiers du Mur de l'Atlantique mais (heureuse circonstance !) sa convocation tombe entre les mains d'une autre Jeannette, la sœur de Félix Branger, qu'il connaît bien. Jeannette travaillait à la Préfecture d'Angers ! Elle prévient Gaby, « oublie » de poster la convocation pendant deux jours, délai qui donne à Gaby le temps de s'enfuir d'Ingrandes. Il se cache à Paris, chez son copain Jacques Fleury, barman qu'il a connu en vacances à Ingrandes chez Marie Baudoin, maintenant le Poisson d'Argent. Ils rejoignent ensuite Laxous, près de Nancy, où habitent les parents de Titite, une jeune réfugiée qu'il avait rencontré à la Riottière. En fait, il avait prévu d'y passer Noël, et avait donc déjà obtenu le « laisser-passer » pour cette zone interdite de Lorraine.

Il a 20 ans, et si peu de moyens !

Mais il ne peut pas vivre tout le temps caché … et pour paraître « en règle » décide de s'engager avec son ami Jacques dans une usine de confection d'uniformes. Mais le matin où Gaby va rejoindre son poste pour la première fois, une rafle conjointe des polices française et allemande bloque les voyageurs et oblige chaque employé à décliner ses compétences : comme Gaby a répondu « rien », il est débarqué à la première halte et pris en charge par un autre patrouille qui le dirige sur le site sidérurgique de Völklingen en Sarre. A l'époque, ces usines employaient plus de 14 000 personnes, travailleurs du STO et prisonniers, hommes et femmes venant surtout de Russie, de Pologne et de Yougoslavie

Avec une dizaine d'autres forte têtes, il est affecté à l'alimentation des locomotives à charbon des usines. Le travail est dur, il fait froid (-15 ° le matin), ils sont mal traités, mais n'envient pas le sort des prisonnières russes, affectées aux mines de sel.

En tant que travailleur du STO, Gaby a droit à des « permes » et son dimanche.

Heureuse circonstance, sa tante Cécile de Belfort avait parlé de son neveu à ses marchands de primeurs, l'épicerie Coll de Belfort, qui avaient aussi un magasin à Völklingen. Ces derniers connaissaient bien la gouvernante de la fille du Directeur de l'usine ! En échange d'un approvisionnement de qualité, Gaby se retrouve donc, tout en restant logé aux baraquements du camp STO, affecté à des travaux administratifs à la Kommandantur de Sarrebruck, qui consistaient à gérer les « permes » des travailleurs mariés !

Entre temps, les courriers de sa maman, depuis Ingrandes, lui avaient fait savoir qu'il ne semblait plus recherché par les allemands pour sa fuite.

1942. Gaby veut partir et prétexte une visite à M. Beauvois, notaire rue du Mesurage à Ingrandes, suite au décès de sa grand-mère, pour demander une « perme » d'une semaine. Un soldat allemand qui l'a à l’œil, à cause du régime de faveur dont il bénéficie, le menace de représailles, au cas où il aurait l'idée de disparaître dans la nature !

Printemps, Gaby a obtenu sa perme, il part pour Ingrandes … mais s'arrête chez le fameux oncle Jean de Belfort. Ce dernier « est dans les machines agricoles et forestières ». Là il se cache dans le grenier.

Sa maman n'est pas inquiétée par la Police, qui ne vient qu'une fois aux nouvelles puis abandonne sa trace.

Chez son oncle, Gaby rencontre Monsieur Graillot, receveur des Postes à Grandvillars (15 Km de Belfort), qui fournit surtout des faux papiers et des contacts avec les passeurs pour la Suisse. « Cet homme aurait dû être mille fois médaillé » me dit Gaby. Ses deux fils sont aussi dans la Résistance, Gaby se souvient qu'ils ont convoyé un aviateur anglais en train, depuis la Bretagne où son avion s'est écrasé, jusqu'en Suisse : ils lui fournissent de faux papiers. Nous sommes en 1943.

Toujours grâce à son oncle, Gaby travaille pendant 6 à 8 mois au cerclage de bottes de parquets, dans le Commerce de Bois de Léopold Estienney à Lavoncourt en haute Saône (70).

Mais un jour un détachement de la SS de Dijon cerne l’Établissement, brutalise une jeune employée pour avoir les noms des ouvriers, et emmène tout le monde. Tous sont relâchés, sauf M. Bossoleau, le mataf, qui faisait partie de la Résistance ; reconnu par l'un des soldats, il fut exécuté. M. Estienney s'en tire « bien » avec un mois de prison. Le souvenir de M. Estienney est toujours fort à Lavoncourt, comme en témoigne la cérémonie du 70ème anniversaire de la libération là-bas.

Gaby est alors accueilli par les Mongin, dont il avait rencontré les fils à la scierie. Jules Mongin, le père, fut l'un des premiers fusillés en juin 1940, à la Citadelle de Besançon, pour avoir camouflé le corps d'un motard allemand égaré, qu'il avait abattu avec un voisin, au cours d'une altercation qui avait mal tourné, les deux anciens de 14-18 ne se laissant pas impressionner. (voir http://www.mongin-jules.fr/)

Gaby aurait pu rester tranquille à la ferme jusqu'à la Libération, mais il faut qu'il tente le destin encore une fois !

Les fils Mongin sont dans la Résistance, l'un d'entre eux, futur Cyrard (officier issu de l’École de Saint Cyr) suivra les armées alliées jusqu'en Allemagne. A la ferme Gaby participe aux très nombreux travaux des champs, avec un certain entrain, sauf à l'exécution d'un cochon, qui se rappelle encore de sa maladresse.

Un membre du réseau local de la Résistance, garagiste de son état, ayant décidé de « libérer » Vesoul avant l'arrivée des alliés, une douzaine de jeunes gens quitte la ferme nuitamment pour réceptionner un parachutage d'armes. L'opération se déroule convenablement jusqu'au moment où un jeune trop inexpérimenté tue par mégarde un de ses collègues, père de famille, en manipulant les armes, sous les yeux de Gaby, tétanisé. Puis la bande s'enfonce en forêt de Combeaufontaine, dans un campement de la Résistance, pour mettre au point son attaque. Elle y reste trois à quatre semaines. Mais un matin, un ami fermier vient les prévenir qu'un détachement allemand important est en route pour les surprendre. Le groupe abandonne le camp – qui est repéré et incendié par les allemands – et marche une nuit et un jour pour rejoindre une nouvelle cache. Il y restera une huitaine de jours … pour apprendre la libération de Vesoul le 12 septembre 1944 mais seulement le 29 novembre celle de la Haute Saône, par des forces françaises et américaines !

Ainsi se termine la guerre de Gaby, notre chanceux magnifique !

La suite est évidente : il file à Vesoul, puis à Belfort chez son oncle, et enfin à Ingrandes sur Loire, où sa maman confiante l'attendait, patiemment.

La suite, la suite est une autre histoire ...

Le Léger Rien

Bon anniversaire GABY ... dans la Gazette de la Frontière de février 2016
Le destin des premiers fusillés, Jules Mongin et Arthur Letang

"Lors de la débâcle, un matin de juin 1940, une compagnie Allemande en provenance de Vauconcourt, se dirige vers Scey-sur-Saône. Un motard de cette compagnie s’égare à Fédry : il prend la direction de Soing où il ne peut pas passer la Saône car le pont est détruit. Il entre alors dans la cours d'un moulin, là il tombe nez à nez avec les deux livreurs de grains : Arthur Létang et Jules Mongin, deux anciens de 14-18, de Vanne. Le premier interpelle le soldat Allemand, qui lui répond par un coup de poing et saisit son fusil Mauser : Arthur Létang est à terre.
Aussitôt, Jules Mongin essaye d’arracher le fusil du soldat et la bandoulière casse.
Dans la foulée, il lui donne un coup de crosse derrière la tête et l’Allemand tombe à terre, raide mort. Les hommes se débarrassent du corps et de la moto en les jetant dans le canal. Au moulin, les témoins de la scène, resteront tous muets."

Les Allemands menèrent des recherches dans les jours qui suivirent : jamais il n’y eu autant de soldats de la Wehrmacht à Vanne et à Soing pendant toute la durée de la guerre. Personne ne parlera à ce moment là et l’armée Allemande conclut à une rencontre avec des militaires Français et Polonais en fuite. Trois semaines plus tard, Félix Mey, éclusier à Soing, découvre le cadavre, il prend son vélo et part pour Vanne prévenir Jules Mongin qui aussitôt s’en va à Soing enterrer le cadavre dans un de ses champs. Près d’un an se passe et c’est un habitant suisse allemand de Soing qui parlera. Les deux sont prévenus mais n’y croient pas, les Allemands les arrêtent et ils seront fusillés pour acte de terrorisme le 14 mai 1941 au lieu dit "la Combe Freteuille" à Frotey-les-Vesoul. Source : blog dédié à la commune de Vanne (70130).

Site dédié à Jules Mongin , par un de ses petits-fils

Tag(s) : #Vie locale, #Histoire

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