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Comme promis, en compléments à la Gazette #18, Gabrielle Bossis

La synthèse de TCP dans son guide promenade : Gabrielle BOSSIS 1874–1950

Née à Nantes dans une famille aisée, elle venait tous les étés dans la maison familiale du Fresne-sur-Loire ; elle y vécut ensuite une partie de sa vie en composant des pièces de théâtre qu’elle jouait et mettait elle-même en scène. Ayant beaucoup voyagé à travers le monde, elle se mit à écrire des livres d’une grande intensité spirituelle. Elle en rédigea sept au total, traduits en de nombreuses langues dont “Lui et Moi“, qui eut plus de 53 éditions. Sa notoriété a franchi les frontières. Elle menait une vie d’ascète et s’habillait de façon originale. Elle avait fait ériger son tombeau dans le cimetière du Fresne-sur-Loire où elle repose.

Comme promis, en compléments à la Gazette #18, Gabrielle Bossis
Comme promis, en compléments à la Gazette #18, Gabrielle Bossis

Sur le site : http://gabriellebossis.fr/

Née le 26 février 1874 à Nantes, d’Auguste Bossis et de Clémence Barthélémy, dernière d’une famille qui compte déjà un garçon, Auguste et deux filles, Clémence et Marie, elle vécut dans un bel hôtel particulier au 15, puis au 17 avenue de Launay.

Cependant, l’été la famille se retrouve au Fresne-sur-Loire, dans une vieille maison s’alignant sur une rangée d’autres, dont la façade donne sur une rue silencieuse et le jardin sur la Loire.
C’est sur cette terrasse que la famille se retrouve.

Les premières années de Gabrielle

D’une excessive sensibilité et timidité, cette petite fille blonde et gracieuse fuit les jeux trop bruyants et les mondanités.

Malgré les soins attentifs de ses proches et de sa nourrice Jenny, c’est dans le silence et la solitude qu’elle recherche Dieu.

A 6 ans, elle débute ses études au pensionnat des « Dames noires », fréquenté par les enfants des familles aisées. Elle y reçoit une éducation mondaine.

Comme promis, en compléments à la Gazette #18, Gabrielle Bossis

La Femme (1894-1923)

L’adolescence passée, de timide et d’introvertie qu’elle était, Gabrielle devient une éclatante demoiselle. Elle était grande et svelte, d’une beauté peu commune. Gaie et sociable, à la conversation vive et profonde, elle avait l’art d’égayer.

Extraordinairement douée pour toutes les formes d’art. Elle aurait sans doute remporté de vifs succès, si les mœurs de l’époque ne l’avaient empêché de cultiver ses talents. La peinture comme la musique, la sculpture, le chant, la broderie ou la danse, lui étaient faciles.

Elle connut de nombreux deuils familiaux : celui de son cher papa en 1898, puis de sa mère en 1908 et enfin de Clémence en 1912.

Demeurée seule, son frère et son autre sœur étant mariés, elle reste sociable, souriante avec tous et très attentive aux membres de sa famille, petits et grands.

Elle cherche à féconder sa vie par des engagements généreux. Elle obtient ainsi un diplôme d’infirmière et exerce pendant la guerre de 14-18, dans sa région, puis dans les hôpitaux de Verdun.

Le temps de la maturité : « Gabrielle va au large »

A 49 ans, sous l’impulsion de l’abbé Olive qui lui conseil de « prendre le large », Gabrielle débute sa carrière théâtrale.
En effet, il lui demande d’écrire des comédies, qui pourront être jouées dans les patronages.

En 13 ans, de 1923 à 1936, elle va alors écrire, mettre en scène et jouer, 13 comédies, 14 saynètes ou ballets, qui concluaient par une fête, les soirées de bienfaisance.

Dès lors, accompagnant ces troupes de jeunes, elle va elle-même se mettre en scène, endossant les rôles les plus divers, pour propager auprès de son auditoire sa joie, ses messages moraux et spirituels.

Chanteuse de rue

Comme promis, en compléments à la Gazette #18, Gabrielle Bossis

Gabrielle confectionnait elle-même les costumes des acteurs, les décors, qu’elle transportait dans de lourdes valises. Elle assurait également les dépenses de ces tournées continues et coûteuses, qui la menèrent dans le monde entier.

L’expérience mystique (1936-1950)

Après treize années d’apostolat sur scène, une nouvelle lumière conduit Gabrielle au sommet de la grande pyramide que fut sa vie, le début de son journal spirituel, comme si tout ce qui l’avait précédé n’avait été qu’une ascension vers ce sommet. À soixante-deux ans, en 1936, après de nombreuses sollicitations, Mademoiselle Bossis accepte d’organiser une tournée risquée au Canada, sur le transatlantique Île-de-France. Ce seront deux mois et demi ininterrompus de rendez-vous et de déplacements, de représentations et de cours à de jeunes actrices improvisées, de rencontres, de fêtes et d’émotions. En lisant ces premiers entretiens, une chose nous frappe, Gabrielle la rapportant comme s’il s’agissait d’un fait désormais habituel : l’affleurement de rapports intimes entre elle et Celui qui lui parle. Et l’on en vient à se demander : s’il s’agit vraiment de la première fois que Gabrielle entend cette Voix, comment est-il possible qu’aucune émotion ne perce chez elle ? Ses conversations mystiques commencent-elles, comme tout le monde l’a cru, en 1936 ?
La tournée au Canada s’achève. Gabrielle rentre chez elle mais le journal « à deux voix » se poursuit, tellement spirituel. Il ne s’éteindra qu’avec sa vie à elle, devenant : Lui et moi. Un interlocuteur divin, le Christ, s’est insinué dans un voyage terrestre pour le transformer en voyage céleste.

Tandis que l’Europe se précipite dans la tragédie de la Seconde Guerre mondiale, Gabrielle – ignorant comme chacun les événements à venir – organise encore ses tournées mais son journal n’en dit presque plus rien.
S’oubliant docilement, elle n’enregistre désormais que les dialogues spirituels, renonçant à annoter les faits personnels qui ne sont pas nécessaires à la compréhension de la réponse divine. Seule la mention des lieux et des dates permet de suivre, au moins en partie, ses engagements exténuants : en France, en Europe, en Palestine, en Afrique… Des témoignages de cette époque nous aident également.

Quelques-unes des lettres publiées par Beauchesne nous permettent également de la suivre. Comme la lettre qu’elle écrit du Fresne le 26 avril 1939 : « Je suis revenue subito presto du fond tunisien, sur la frontière tripolitaine bourrée de canons, de troupes, d’avions, de fils barbelés, une ligne Maginot admirable… Et je risquais d’être prisonnière d’Afrique jusqu’à Dieu sait quand. »

Gabriela Bossis

Auteure

Naissance : 1874, Nantes

Décès : 1950, Paris

Livres : Lui et moi: entretiens spirituels, Lui et moi

Le Christ notre Frère dans les écrits de Gabrielle Bossis (1874-1950)

par le Père Patrick de Laubier

Gabrielle est une laïque célibataire appartenant à une famille nantaise aisée. Son tempérament est un mélange d’impulsivité et d’humble douceur. C’est une aventurière qui va quitter périodiquement les bords de la Loire pour franchir des océans par mer ou par air. Un jour au bord d’un transatlantique elle entendit une voix qui disait « ma petite fille » ! Elle avait 62 ans et ne vis jamais le visage de Celui qui parlait. Cette déclaration d’amour elle l’a accueillie et sa vie a été changée.

C’était Dieu qui s’invitait chez elle, en demandant la permission. Une causerie de 14 années s’en est suivie dans un style inimitable. S’il fallait faire un rapprochement on pourrait citer Gertrude d’Helfta (XIIe siècle), une moniale que le Christ aimait avec prédilection en raison de sa liberté de cœur (Cordis libertas). Gabrielle est une fleur des champs qui se mêle à la foule et non pas une rose qui s’épanouit dans le silence d’un monastère séparé du monde. Le style de Lui et moi est inimitable. Voici une page un peu au hasard :

Gabrielle dit alors :

Inutile de se lancer dans une explication de texte ni de cherche dans quelle « demeure » mystique Gabrielle se trouve : Ne te préoccupe pas du degré. La sainteté est une œuvre de longue haleine. Mais fais tout ce que tu fais de ton mieux et en vue de M’aimer davantage…Prends patience avec la terre. Bientôt ce sera l’Eternité. (1004)). Dans dix ans (1950) Gabrielle mourra.

Tel est le style de la causerie et Jésus cherche à en dire davantage, Il est dans l’oratoire le plus intime de Gabrielle : son cœur ! Le Verbe incarné, le Logos veut parler de toutes les manières à ses créatures qui marchent à la lumière de la Foi. Elles sont toutes invitées aux Noces de L’Agneau et c’est L’Agneau qui parle. Lui aussi est impatient de la Rencontre.

Citons un autre passage écrit quatre ans plus tard après une récollection :

Lorsque Jésus fut invité par Simon le pharisien, une femme, pécheresse de la ville, vint en pleurant lui embrasser les pieds, les couvrir de parfums et les essuyer avec ses cheveux : passage mystique s’il en est qui exaspérait les pharisiens observateurs théoriques de la loi. Aujourd’hui comme hier la mystique n’est pas trop appréciée, elle provoque même parfois une vraie colère chez des gens pieux. Trop c’est trop. Il faut être raisonnable. Cette même femme recommencera à Béthanie à la veille de la Passion et Judas protestera. Il faut citer ici Claudel qui prête à l’apôtre ce discours :

Nous sommes en 1942, les Allemands occupent la France et sont à Nantes, Gabrielle a maintenant 68 ans :

Cette conversation permanente ne donne pas toujours lieu à une expression écrite, mais Gabrielle ne reste pas très longtemps sans une confidence :

Je souligne le passage dit comme en passant et qui indique un abîme :

la Trinité très sainte, Père Fils et Esprit Saint dont nous sommes les temples, habite en nous sur terre comme un Ciel ! Nous pouvons ici-bas devenir pour Dieu un ciel ! Le Ciel est d’aimer .Pour Dieu, durant notre vie sur terre, le ciel c’est lorsque notre liberté lui est livrée, librement. Oui c’est vraiment un abîme.

Nous sommes en juillet 1943, Nantes est occupée, la France vaincue est humiliée. Gabrielle vit un amour plus grand que celui d’une patrie :

Quel portrait ! Et quel Peintre ! Mieux que toute image cette description du Bien-aimé par Lui-même est un évènement et Son admirable réponse , comme dictée à celle qu’Il aime, complète cette scène vécue !

Nous avons là une de ces confidences qui illustre ce que les entretiens avaient déjà esquissé. Gabrielle ne verra jamais ici-bas ce merveilleux Visage, mais Il est déjà tracé et elle Le reconnaîtra lors de la Rencontre, c’est Jésus Qui le lui dit.

Les paroles de Gabrielle restent très discrètes mais les réponses qu’elles entraînent font tout leur prix : comme elle demandait les grâces nécessaires à son salut, elle entend cette réponse :

Ecoutons encore : Si Je veux Me dépasser Moi-même .Lui que rien ne peut entraver ! Quel langage ! Mon Cœur infini aime donner infiniment ! Quelle plénitude ! C’est la Divinité du Fils de Dieu qui parle à sa créature venue du néant. Elle est sa vie et Il la prépare à la Rencontre c’est-à-dire à la mort. Elle aura la grâce nécessaire parce que : La Grâce c’est Moi. Dans quatre ans encore, Gabrielle qui a 72 ans verra enfin Celui qui lui parle.

C’est l’humanité du Christ qui s’exprime maintenant. Ainsi se déroulent les jours remplis de nouveautés inventées pour Gabrielle comme pour chacun de nous. Mais il faut, comme Gabrielle, y faire attention. La Grâce s’invite en respectant la liberté fragile et délicate de la créature. La Grâce c’est Lui. Telle est la théologie de cet entretien qui transcende toutes les histoires d’amour humaines, mais c’est aussi une histoire humaine. Laissons- nous dépasser c’est même le seul chemin de la sanctification, de la divinisation que la Miséricorde rend possible.

Nous sommes en avril 1946 et le jeudi Saint Gabrielle se retrouve seule dans l’église devant le Saint Sacrement, elle a encore environ quatre ans avant la Rencontre.

On voit que la vie avec Jésus n’est pas qu’une promenade entre des tilleuls ! Jésus remarque plus tard :

Dira-t-on que Gabrielle âgée alors de 72 ans en bonne santé et sans charges familiales, ni soucis matériels, n’avait pas d’autre chose à faire qu’à dire son amour au Christ ? C’est vrai, mais elle est appelée à ne plus rien garder pour elle-même de jour et de nuit, dans le moment présent qu’il faut laisser remplir de la présence du Christ, or elle en est incapable, Jésus ne cesse de le lui dire, sans l’intervention continuelle de la Grâce, et la Grâce c’est Lui, qu’elle peut accepter ou refuser :

Saint Jean de la Croix, le disait, « on n’ose pas assez », mais ici c’est Jésus qui ne cesse d’oser et Gabrielle accepte d’être dépassée. Chaque personne a été créée « selon son espèce » qui est unique, il faut donc éviter de « faire comme » tel ou tel saint car le seul authentique modèle c’est Jésus qui a été mystérieusement chaque personne humaine dans Son Humanité : Tout chrétien en grâce est un autre Christ. On dit parfois qu’il y a plusieurs hommes en certains hommes. Le Christ a été tous les hommes. Il a porté tous leurs péchés. Unis-toi à Lui quand Il a été toi, quand Il s’est chargé de tes fautes. On ne peut comprendre, ici-bas la compénétration du Christ en chacun : c’était un Dieu dans un homme. Sa puissance de salut était infinie, sa divinité n’ayant jamais quitté son humanité. (838).

Gabrielle Bossis, on le remarque, ne cesse de laisser parler Jésus qui profite de cette bonne volonté pour donner un enseignement dépassant le seul cas de Gabrielle. Il convient donc de ne pas se laisser intimider en constatant notre misère qui est beaucoup plus grande que nous ne pouvons l’imaginer. Mais le message reste valable pour tous : il faut oublier le moins possible la présence aimante de Jésus. Lui parler c’est la meilleure prière. Le reste et notamment nos péchés, Jésus s’en charge.

Nous sommes en 1947, Gabrielle mourra dans trois ans et Jésus explique son dessein :

Nous sommes maintenant « renseignés », il ne faut pas essayer de comprendre ici-bas cet Amour extraordinaire, surnaturel, mais de s’y abandonner, d’y croire et même de prendre des initiatives. C’est le privilège de la terre de pouvoir augmenter dans la nuit de l’invisible, le trésor de notre liberté par l’amour. Au purgatoire aucun mérite n’est possible, c’est une sorte de prison, au ciel les mérites ont été acquis mais ne peuvent plus être accrus ; sur terre, lieu d’exil, tout est possible avec la Grâce, c’est-à-dire en laissant Jésus prendre peu à peu toute la place et augmenter le trésor des mérites au profit de tous. C’est un risque car on peut aussi tout perdre : Toi, qui reçoit ces confidences dans le silence de ton cœur, soit cette âme qui croit sans voir, et dépasse-toi toi-même, certaine de ne jamais faire trop. Avec Moi, quoi pourrait être trop ?

La Rencontre

Tout au long de ces entretiens, la Rencontre, la naissance au Ciel, la fin de l’exil sont évoquées. Le 19 juin 1941 par exemple, nous lisons :

Elle devra attendre encore 9 années .Comment expliquer cette invitation ardente alors que l’exil est loin d’être terminé et que Gabrielle peut remplir de nombreuses pages blanches à sa vie ?

Un commencement de réponse est donné le 15 juin 1947, jour de la fête Dieu :

Le temps et l’éternité sont évoqués, nous sommes appelés à passer de l’un vers l’autre mais le mystère du dessein éternel de Dieu prend des traits opposés dont parle saint Paul : « Pour moi, certes la Vie, c’est le Christ, et mourir représente un gain. Cependant si la vie dans cette chair doit me permettre encore un fructueux travail, j’hésite à faire un choix…Je me sens pris dans cette alternative : d’une part, j’ai le désir de m’en aller et d’être avec le Christ, ce qui serait et de beaucoup, bien préférable ; mais de l’autre, demeurer dans la chair est plus urgent pour votre bien. Au fait ceci me persuade : je sais que je vais rester ». (Philippiens1, 21-25), ce n’est que cinq ans plus tard, dans la seconde Epître à Timothée (II Tim.4, 6), qu’il écrira : « Quant à moi, je suis déjà répandu en libation et le moment de mon départ est venu ».

La première édition de LUI et moi parut en 1948, mais le 20 août c’est un moment de dépression :

On ne peut s’empêcher de frémir en lisant cette évocation de la révolte que la liberté humaine rend possible et l’immensité de la Miséricorde pour y répondre.

Le 18 septembre 1949 elle subit une grave opération, mais en janvier 1950 revenue chez elle Gabrielle ne fais pas de feu pour honorer l’Année sainte (1950).

Elle est à Paris en février 1950 : Entends ceci : tu me sacrifieras encore plus complètement ta liberté au moment de ta mort .Ce sera le suprême effort de ton amour total. Je cueillerai ta mort comme une palme (1837).En mars 1950 elle doit s’aliter et ne se relèvera plus jusqu’à sa mort le 9 juin 1950. Le 24 mai elle demande :

« Et après qu’est-ce sera ? » Réponse :« Ce sera Moi, ce sera toujours Moi. » (1866).

Notes

[1] L’auteur de ces lignes fit sa première communion à Nantes ce 22 mars 1942 et Gabrielle Bossis habitait alors rue de Launay à ce moment là.

Tag(s) : #Histoire

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