Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Comme promis, un complément à la Gazette #17, Célestin LAINE et le sabotage de la voie ferrée à Ingrandes en 1932  ...

La Statue de la Honte

Dans la nuit du sept août mille neuf cent trente deux

Un indépendantiste, selon ce qu’on raconte,

Dit « Célestin LAINÉ », un peu fou, ombrageux,

Fit sauter la statue, monument de la honte,

Œuvre de Jean Boucher ! Elle représentait

La Bretagne à genoux aux pieds du Roi de France !

Jamais un vrai Breton ne pourrait accepter

Cet outrage, pis encore cette idiote ignorance !

En effet, ce n’est pas la Bretagne qui fut

Rattachée à la France, bien plutôt le contraire.

La France, par son Roi, sans amour éperdu,

Réclama la main d’Anne, notre Duchesse altière !

Charles fit allégeance ! Il était demandeur,

Anne étant, de ce fait, simple défenderesse.

À Langeais, leur union, célébrée sans grandeur,

Scella une fusion dépourvue d’allégresse.

J’ai rimé ce poème, tout simplement pour vous.

Mêlant réalité historique et légende,

Pour toi Breton du Fresne et toi Français d’Anjou

Unis sans primauté, non lige et sans prébende !

Mieux que le Roi de France vous avez su allier

Ténacité bretonne et patience angevine,

Unissant vos cités, enfin réconcilier

La noble fleur de lys avec la blanche hermine.

G. Eiffel

(des compléments sur C.Lainé seront mis bientôt sur le BLOG de CBo)

bor

L'affaire de Rennes
L'affaire de Rennes
L'affaire de Rennes
L'affaire de Rennes
L'affaire de Rennes

L'affaire de Rennes

EXTRAITS DU BLOG "LE CHIFFON ROUGE - MORLAIX"

"... Lainé fabrique une bombe dans sa chambre de la place des Fossés à Rennes, en juillet 1932, pour faire sauter le monument de l'Union. C'est une boîte de lait concentré Gloria remplie de nitroglycérine. Le détonateur est fourni par Jeanne du Guerny. Lainé teste ses explosifs en périphérie de Rennes et coupe un arbre en deux.

Août 1932 : l'attentat de Rennes et le nouveau départ du nationalisme breton.

L'annonce de cérémonies officielles pour commémorer le quatrième centenaire du traité d'Union de 1532 est appréhendée comme une provocation par les autonomistes bretons. Conscients de la nécessité de dépasser leurs divergences, les mouvements issus du PAB (le PNB, le Parti Breton Nationaliste Révolutionnaire de War Zao, la Ligue Fédéraliste de Bretagne) tentent de créer un comité intergroupe afin de manifester en commun lors de la venue d'Edouard Herriot à Vannes, prévue les 6 et 7 août 1932. Sur la suggestion de Debauvais, Raymond Delaporte rédige un tract dans lequel il cite un extrait de Dans la forêt normande, un livre écrit en 1925 par Edouard Herriot où le président du Conseil expliquait comment la Bretagne avait été contrainte de s'unir à la France.

Mordrel annonce quarante et un an plus tard qu'il reçut à Quimper « la visite inopinée d'une fille hardie que je savais être l'égérie de Célestin Lainé, l'oracle des jeunes extrémistes du Parti ». Cela ne peut être que Meavenn. « Elle m'informa tout de go que, le 7 août, à l'aurore, le monument de l'Union, qui dressait une imposante masse de bronze dans la niche de l'Hôtel de ville de Rennes,serait dynamité. Elle voulait savoir quelle attitude prendrait Breiz Atao. Je l'aurais embrassée ! » (Olier Mordrel, Breiz Atao, édition Alain Moreau - p. 160).

Debauvais est mis au courant, mais Mordrel et Debauvais décident de se taire.

Fransez Kervella, de Plougastel Daoulas, Fransez Debauvais, Yann Bricler, Raffig Tullou, Raymond Delaporte, sont arrêtés à leur hôtel à Vannes à six heures du matin et placés en garde à vue. Le comité inter-groupes de Vannes leur donne un alibi en béton !

Le même jour, le monument de la honte à la gloire de la soumission de la Bretagne saute. « Toute la masse de bronze fut arrachée de sa niche et projetée au sol où elle se brisa. Plus une vitre ne resta sur les fenêtres dans un rayon de cent mètres » (Olier Mordrel).

Gwenn-ha-Du adresse à la presse un communiqué triomphaliste :

« Les Français célèbrent aujourd'hui le quatrième centenaire de leur victoire et de l'annexion de la Bretagne. Toujours Bretons, non conquis malgré quatre siècles d'occupation française, nous avons décidé de remettre entre les mains des Bretons les destinées de leur patrie, pour le plus grand bien de la nation bretonne. Nous ouvrons la lutte pour la délivrance de notre pays en ce jour anniversaire de notre annexion, par la destruction du symbole de notre asservissement qui trône au centre de notre capitale ».

Mordrel commente bien le retournement de tendance pour l'Emsav qu'a opéré l'attentat de Rennes : « L'année 1931 s'était écoulé lugubre et l'année 1932 se traînait sans espoir pour les dirigeants de Breiz Atao, qui se retrouvaient seuls avec sur les bras la responsabilité d'un mouvement exsangue, dont le prestige était tombé si bas que la masse de ses adhérents s'en était détournée et que dans tous les sens se manifestaient des dissidences réformatrices, dont aucune cependant, faute de chef, ne devait s'élever au-dessus du niveau anecdotique. Nous étions dans une impasse... L'explosion eut un retentissement qui dépassa toutes les prévisions et revêtit pour nous la valeur d'une révélation... La jubilation éclatait sur les visages de gens que nous avions crus jusque-là indifférents ou prévenus, les militants bretons étaient les héros du jour, les policiers raillés publiquement... La déception causée par l'échec de l'action légale avait été la chance que les jeunes extrémistes avaient saisie au vol. Ils ne croyaient pas aux vertus du suffrage universel et pensaient que la postérité donnerait raison à ceux qui auraient gagné la partie, quels que fussent les moyens employés... Il y avait entre eux et nous la distance qui séparait la génération de la « guerre du droit » de celle du fascisme triomphant » (Olier Mordrel, Breiz Atao, édition Alain Moreau – p. 161-162).

« Les autonomistes sont immédiatement suspectés, «écrit Sébastien Carney. Trois jours après l'attentat on arrête Jeusset, qui s'était fait remarqué au pied des débris, et quelques-uns de ses amis de Breiz da Zont : les frères Augustin et Joseph Catelliot, Pierre Le Roux, Louis Joulaud et Jean Tézé. Sous le coup d'un interrogatoire musclé, Leroux, jeune peintre verrier âgé de 22 ans, accuse Jeusset, rémunéré par l'Allemagne, d'avoir monté l'affaire. Berthou aurait fourni des bombes à ce dernier qui, aidé de Leroux, les aurait placées dans la niche de la statue. Mais Leroux accuse également Bricler d'avoir fabriqué des bombes et de les avoir données à Debauvais pour blesser Herriot. Il accuse enfin Marchal, Mordrel et Rickaert d'être du complot contre la vie du président du Conseil. Mise au courant de l'affaire, la presse publie cette déclaration du juge Ricaud : « Il est possible que certains éléments perturbateurs étrangers aient essayé de s'emparer du mouvement séparatiste ou autonomiste breton pour des fins qu'il est facile de supposer » »

Sébastien Carney, Breiz Atao ! Mordrel, Delaporte, Lainé, Fouéré : une mystique nationale (1901-1948) - p. 183

Pour la petite histoire, Meavenn, interrogée elle-même par la police, devant l'arrestation des jeunes militants de Breiz da Zont, qui n'étaient pour rien dans l'attentat, aurait proposé à Lainé d'assumer publiquement la responsabilité de son acte pour les faire libérer, mais celui-ci se serait défilé par crainte de la prison, ce qui aurait précipité la décision de rompre de Meavenn. C'est du moins ce que laisse entendre Théophile Jeusset dans un article de La Province daté du 23 novembre 1932 (« Un partisan de gwenn-ha-du nous écrit ») : « Quelqu'un nous touchant de près avait insisté auprès de l'auteur de l'attentat pour qu'il ait le courage de prendre la responsabilité de son acte. IL A REFUSE SI LACHEMENT QU'UNE PERSONNE TRES INTIME AVEC LUI L'A LAISSE TOMBER » (cité par Sébastien Carney, opus cité p. 184).

Célestin Lainé sera probablement ébranlé par la rupture avec Meavenn, la honte peut-être de n'avoir pas surmonté sa peur et bravé la prison en laissant six innocents se faire coffrer. En 1933, il fera l'expérience d'un interrogatoire de 36 heures à Lille qui produira beaucoup d'effet sur lui, mais dont il sortira rassurer sur sa capacité à dompter la peur. Il en parle dans des fragments autobiographiques retrouvés par Sébastien Carney : « Minute après minute et heure après heure. Le plus terrible fut celui que je subis à Lille au début de 1933. Près de trente-six heures presque d'affilée... presque sans manger et dormir... et par des gens terriblement bien informés des petits détails et ayant soigneusement préparé toute une série de pièges habiles. Commencé avec perquisition questionnée au début de l'après-midi, poursuivi sans arrêt jusqu'à quatre heures du matin, repris à neuf heures après repos sur une chaise de bois, poursuivi jusqu'à une heure de l'après-midi. J'en sorti radieux, victorieux sur toute la ligne, mais aussi arrivant sur la rue, libre, la réaction se produisit. Je tremblais de haut en bas, et je titubais comme un homme ivre, le cœur battant, il me fallut m'asseoir sur un banc et cependant dissimuler le plus possible, car je me doutais – à juste titre – que j'étais suivi et observé ».

Pour Meavenn, après l'attentat de Rennes, où Lainé a sans doute posé la bombe la peur au ventre, celui-ci a été transformé. Elle écrit ainsi à Mordrel en 1952 au sujet de Lainé : « Il croyait (…) qu'il suffit de « se vérifier » à ses propres yeux et ceux des autres, par quelque chose (ici le 7 août) . Après, il suffit – pétrification » (cité par Sébastien Carney, opus cité. p. 187).

Le 20 novembre 1932, une nouvelle explosion détruit à Ingrandes la voie ferrée reliant Orsay à Nantes où Edouard Herriot devait se rendre à l'occasion toujours de fêtes de commémoration de l'union de la Bretagne et de la France. Son voyage est reporté. Lainé avait donné l'ordre à Bayer du Kern, jeune ouvrier papetier dont le père fut tué à la guerre, d'aller faire sauter les rails à Ingrandes avant que le train n'arrive et de le prévenir de l'attentat pour éviter les morts en disposant des lanternes rouges pour qu'il s'arrête à temps.

A Breiz Atao, les attentats sont justifiés, même si on bannit officiellement la violence. En août 1932, le journal serait tiré à 5000 exemplaires, après avoir presque complètement disparu. Puis, de l'été à novembre 1932, le tirage descend à 3000, ce qui reste inespéré pour le nouveau PNB qui sort à peine d'une crise qui aurait pu être mortelle.

Le soutien des communistes aux autonomistes bretons

L'Humanité prend à l'époque le parti des autonomistes, et des Bretons en particulier, dont les actions « posent le grand problème des masses ouvrières et paysannes de Bretagne ».

Déjà, Marcel Cachin était lié à Marcel Hueber, un autonomiste communisant alsacien qui s'exprimait à l'assemblée nationale en alsacien à partir de son élection en 1924, sous les huées des députés de la SFIO et de la droite. En 1928, un communiste est élu dans l'alliance autonomiste alsacienne : Jean-Pierre Mourer. Lors du procès des autonomistes en 1928, le PCF fournit plusieurs avocats aux inculpés.

Charles Hueber et Jean-Pierre Mourer, accusés par le PCF de faire alliance avec les éléments petits-bourgeois de centre-droit régionaliste, vont être exclus du PCF en 1929, Hueber ayant alors été élu maire de Strasbourg. Ils fondent néanmoins un Parti Communiste d'Alsace Lorraine reconnu par la Troisième Internationale de Moscou et, réélus députés en 1936, vont comme Doriot abandonner toute référence au communisme et finir dans les rangs fascistes pendant la guerre. (cf. Georges Cadiou, L'Hermine et la croix gammée, p. 52)

Même si le PCF ne justifie pas directement la destruction du monument de Jean Boucher à la mairie de Rennes, il condamne la répression aveugle et laisse entendre qu'il pourrait s'agir d'une provocation pour discréditer le mouvement autonomiste breton.

Le quotidien communiste, rappelle Georges Cadiou dans L'Hermine et la croix gammée, « dénonce ainsi le 8 août 1932 « l'écrasement de toute civilisation celtique par la France, l'abandon culturel où le pays dominateur a laissé la Bretagne, refusant de reconnaître la langue du pays, détruisant toute culture, étendant l'ignorance. Deux jours plus tard, le quotidien, dirigé par Marcel Cachin, renchérit : « Le mouvement autonomiste breton doit être défendu. (…) Ce mouvement n'est stupide que pour les thuriféraires à tout prix de l'impérialisme français. Le peuple breton a sa particularité ethnique indiscutable, sa langue, son passé millénaire, etc. Le Parti Communiste ne se méprend pas sur le caractère complexe de ce mouvement, mais il constate qu'il y a là une aspiration sérieuse de couches sociales déjà assez larges contre l'oppression de l'impérialisme français. Fidèle au principe du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, notre parti défendra les revendications nationales des masses populaires bretonnes, adoptant une position analogue à celle qu'il a prise en Alsace et en Corse ».

Après l'arrestation de six militants (Pierre Le Roux, Théophile Jeusset, Paul Jostand, Jean Thézé, Augustin et Joseph Catelliot), Daniel Renoult y va aussi de sa plume pour défendre la cause bretonne dans l'édition du 15 août : « La machine policière s'écroule. (…) Le Parti Communiste défend et défendra ces jeunes gens contre les brigands policiers de l'impérialisme français ».

Puis dans celle du 24 août : « Il y a un peuple breton, au passé millénaire et qui dans les parties de la Bretagne où l'usage du français s'est généralisé, comme dans les autres, garde ses traditions, ses mœurs, sa fierté nationale, etc. Les revendications nationales se mêlent naturellement à celles de la lutte des classes » (Georges Cadiou L'Hermine et la croix gammée, Edition Apogée, 2006 - p. 46-47)

Plusieurs facteurs peuvent expliquer ce positionnement de L'Humanité et du PCF : l'idéologie communiste avec la critique de l’État bourgeois, du discours du droit de la démocratie et de la République illusoires, l'internationalisme, l'anti-colonialisme, l' « exemple soviétique » de libre association des Peuples délivrés du tsarisme. La real-politik inspirée par Moscou recommandant à ce moment d'affaiblir le nationalisme français. La personne de Marcel Cachin, bretonnant de Paimpol, le vieux dirigeant communiste, très proche des jeunes autonomistes comme Sohier, très attaché à la Bretagne. Et peut-être plus encore le poids des Bretons de Paris et de Seine St Denis dans le PCF et la volonté de percer dans les milieux populaires de France à travers la reconnaissance des cultures populaires contre les visées unificatrices et négatrices de la culture bourgeoise parisienne. En tout cas, cette sympathie ouverte du PCF pour les mouvements autonomistes s'affaiblira avec la stratégie du Front Populaire scellant l'adhésion à un héritage révolutionnaire, républicain et patriotique commun à toute la gauche, mais aussi à une stratégie de rassemblement autour de la défense de la démocratie tricolore, et surtout après-guerre, suite à la guerre civile où résistants communistes et le plus gros des autonomistes se sont retrouvés dans deux camps ennemis.

« Il s'opère à cette occasion, rappelle Sébastien Carney, une alliance objective entre le PNB et le PCF, qui se trouvent côte à côte face aux Camelots du roi de l'Action Française (qui avaient agressé Debauvais) à Saint-Goazec, le 3 septembre 1933. Mordrel écrit : « Nous n'étions pas pour cela avec les socialistes, mais du côté rouge, à tout prendre, la Bretagne était plus à l'aise, car les sympathies bretonnes et communistes, très nombreuses, contrebalançaient heureusement le patriotisme aussi désuet que cocardier de la SFIO. Du côté rouge, enfin, et surtout, il n'y avait que des gens du pays... et des mains nues. Les Parisiens et autres Vendéens, avec leurs matraques d'assommeurs, étaient de l'autre côté" (Breiz Atao n°183, 17 septembre 1933, « A Saint-Goazec, le sens de notre intervention », Olier Mordrel) ... "

L'affaire d'Ingrandes
L'affaire d'Ingrandes
L'affaire d'Ingrandes
L'affaire d'Ingrandes

L'affaire d'Ingrandes

Tag(s) : #Histoire

Partager cet article

Repost 0