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Le 7 août 1932, la statue du roi explose à Rennes ...

En complément de l'article de la Gazette #17 http://coeurdebourgs.over-blog.com/2016/04/comme-promis-un-complement-a-la-gazette-17-celestin-laine-et-le-sabotage-de-la-voie-ferree-a-ingrandes-en-1932.html

Dans Rennes - Ma Ville, article de Ouest France, du mardi 07 août 2007

Le 7 août 1932, la statue du roi explose

Il y a 75 ans, aujourd'hui, des indépendantistes bretons faisaient exploser la statue installée devant la mairie de Rennes. L'attentat fit grand bruit.

En ce 7 août 1932, il est 4 h 40 lorsqu'une explosion retentit en ville. Le lendemain, le journaliste d'Ouest-Eclair décrit, à sa manière, l'impressionnant vacarme produit par la déflagration : « Rennes fut réveillé par le bruit d'une effroyable détonation... En un instant, tous les habitants d'une extrémité à l'autre de la ville, étaient aux fenêtres... Que se passa-t-il donc · Le feu était-il à l'arsenal et celui-ci venait-il d'exploser ou la terre bretonne venait-elle d'être l'épicentre d'une secousse sismique · »

Ce matin-là, en fait, si tremblements il y eut, ce ne furent pas ceux de la terre mais plutôt ceux des deux personnes présentes dans l'hôtel de ville au moment de l'explosion : M. Reuzé, le receveur municipal, et Mme Rollot, la concierge. Par chance, ils ne seront pas blessés. En revanche, la statue du sculpteur Jean Boucher, nichée dans la façade de l'édifice municipal, a, elle, été entièrement détruite. Les dégâts sont considérables. La masse de bronze, haute de 4,75 mètres et large de 4 mètres, est projetée au sol et ses multiples personnages sont morcelés. Toutes les vitres sont pulvérisées dans un rayon de cent mètres.

Signé Gwenn ha Du

Rapidement, l'attentat est revendiqué par une organisation indépendantiste jusque-là inconnue, Gwenn ha Du (blanc et noir, soit les couleurs du drapeau breton). Pour ce petit groupe de clandestins mais aussi pour de nombreux membres de l'Emsav (le mouvement breton), la statue de Jean Boucher « est considérée comme le « monument de la honte nationale » depuis son inauguration en 1911. Ces derniers n'apprécient guère, en effet, de voir représenter la duchesse Anne agenouillée en contrebas d'un Charles VIII, roi de France, triomphant », rapportent Erwan Chartier et Alain Cabon dans leur dernier ouvrage, Le dossier FLB.

Dans la nuit du 6 au 7 août 1932, les membres de Gwen ha Du décident donc de passer à l'action. Et ce, au moment où des cérémonies doivent se tenir à Vannes afin de célébrer le rattachement de la Bretagne à la France, en présence du président du conseil, Edouard Herriot. Cette nuit-là, un jeune ingénieur chimiste, Célestin Lainé (1), confectionne une bombe. C'est un autre militant, André Geffroy, qui déposera l'engin au niveau de la couronne du roi de France.

« Un attentat abominable »

Rapidement, la quasi-totalité des réactions condamnent cette action indépendantiste. Jean Lemaistre, alors maire de Rennes, parle « d'un attentat abominable ». Edouard Herriot, lui, suggère qu'un pays voisin (il pense à l'Allemagne) n'en profite pour affaiblir la France : « Je crains que cet acte ne soit exploité avec malveillance par une certaine presse étrangère, toujours aux aguets lorsqu'il s'agit de nuire à la France et d'entretenir des germes de division », déclare-t-il. Paradoxalement, le sculpteur Jean Boucher semble plus nuancé : « s'il agit de régionalistes ardents dont il faut respecter les idées : c'est bien dommage. La cause régionaliste, voire autonomiste, ne peut que perdre à de pareilles brutalités... » Seul le journal L'Humanité prendra fait et cause pour les indépendantistes : « Réservoir d'hommes, parc à boucherie de guerre, c'est tout ce qu'Herriot considère en Bretagne », peut-on lire dans l'édition du 8 août 1932.

Finalement, l'enquête de la Sûreté ne permettra pas d'arrêter les deux auteurs de l'attentat. Quelques militants seront toutefois détenus une cinquantaine de jours. Quant au mouvement Gwenn ha Du, il se signalera quelques semaines plus tard par un nouvel attentat : dans la nuit du 19 au 20 novembre, ses membres feront sauter la voie ferrée près d'Ingrandes (Maine-et-Loire), quelques heures avant qu'un train officiel transportant Edouard Herriot n'arrive en Bretagne...

Pierrick BAUDAIS.

(1) Celui-ci créera, sous l'occupation, le bezen Perrot, milice intégrée au service de renseignement allemand. Il sera condamné à mort par contumace à l'issue de la guerre.

Tag(s) : #Histoire

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